Le slogan claque, séduit, s’affiche : “Kinshasa eza bonga”.
Mais derrière cette formule soigneusement emballée, la réalité urbaine de Kinshasa raconte une tout autre histoire plus rugueuse, plus dérangeante, et surtout bien loin de la promesse affichée. À la 13ᵉ Conférence des gouverneurs tenue à Bandundu, ce qui devait être une démonstration de réussite s’est transformé en moment de vérité.
Car il aura suffi d’une déclaration du ministre des Finances Doudou Fwamba pour fissurer le récit officiel. Selon lui, toutes les routes actuellement en chantier dans la capitale sont financées à 100 % par le gouvernement central. Pas un kilomètre, pas une artère, pas une réhabilitation majeure portée par la ville elle-même. Une affirmation lourde de sens, qui relègue la communication du gouverneur Daniel Bumba au rang de simple vitrine… sans contenu.
Dès lors, une question s’impose avec une brutalité implacable : que fait réellement l’exécutif provincial ? Où va l’argent des Kinois ? Car pendant que l’État central investit et construit, la ville, elle, encaisse. Taxes, impôts, redevances le flux est constant, massif, quotidien. Mais sur le terrain, la traduction de cette manne financière reste désespérément invisible.
Dans les communes, le contraste saute aux yeux. Routes dégradées, voiries abandonnées, gestion approximative de l’espace urbain… Et pourtant, les annonces se succèdent, les slogans se multiplient, les effets de communication s’enchaînent. Comme si gouverner se résumait à dire, plutôt qu’à faire.
Le malaise est profond. Il ne s’agit plus seulement d’un retard ou d’un dysfonctionnement ponctuel, mais d’un véritable déficit de gouvernance. L’impression d’une capitale livrée à une gestion sans cap clair, où l’essentiel repose sur les interventions du pouvoir central, pendant que l’échelon provincial peine à justifier son utilité.
Plus inquiétant encore, cette situation installe une forme de confusion des responsabilités. Qui fait quoi à Kinshasa ? Qui répond de l’état des routes, de l’entretien urbain, de la modernisation de la ville ? À force de brouiller les lignes, l’exécutif provincial expose son propre déficit d’action et alimente une défiance croissante dans l’opinion.
Et pendant ce temps, le slogan “eza bonga” continue de résonner, presque comme une provocation pour une population confrontée quotidiennement aux réalités d’une ville en souffrance. Car à Kinshasa, l’embellie ne se décrète pas elle se construit, kilomètre après kilomètre, projet après projet.
Au fond, ce que révèle cette séquence, c’est une fracture entre le discours et le réel. Une fracture dangereuse, qui érode la crédibilité des institutions locales et interroge la capacité du gouverneur Bumba à incarner une véritable transformation urbaine.
Les Kinois n’attendent plus des slogans. Ils attendent des routes, des actes, des résultats. Et surtout, une réponse claire à cette question devenue centrale : à quoi sert encore la gouvernance provinciale, si elle ne produit ni infrastructures, ni impact visible ?
À Kinshasa, le temps des illusions semble toucher à sa fin. Place désormais à l’épreuve des faits.
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