L’aile Fayulu–Katumbi–Matata resserre les rangs, isolant Sesanga-Kabund
La fracture n’est plus seulement en filigrane. Au sein de la C64, les divergences se cristallisent autour d’une question devenue centrale : qui doit incarner le leadership de l’opposition face au pouvoir de Félix Tshisekedi ? Alors que les discussions sur un éventuel dialogue politique rebattent les cartes, Martin Fayulu cherche à consolider sa position en resserrant ses liens avec Moïse Katumbi et Augustin Matata Ponyo. Une dynamique qui tend à marginaliser davantage Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund et révèle, au grand jour, les rivalités qui traversent cette plateforme.
Derrière l’unité de façade, la bataille pour le leadership est désormais ouverte. La C64, née de la volonté de plusieurs figures de l’opposition de conjuguer leurs forces, apparaît de plus en plus comme un espace où chacun tente de préserver son influence et de peser sur la prochaine séquence politique.
FAYULU, LE LEADERSHIP EN LIGNE DE MIRE
Martin Fayulu entend manifestement occuper une place centrale dans cette recomposition. Celui qui revendique son statut de doyen de l’opposition cherche à capitaliser sur son poids politique et électoral pour s’imposer comme l’un des principaux interlocuteurs de l’opposition dans l’hypothèse d’un dialogue.
Son rapprochement avec Moïse Katumbi et Augustin Matata Ponyo prend, dans ce contexte, une dimension particulière. Le trio constitue désormais un axe politique susceptible de peser lourd dans les rapports de force internes à la C64. À trois, ils disposent de relais, d’une expérience politique et d’une visibilité qui leur permettent de se présenter comme un noyau dur autour duquel pourrait se réorganiser l’opposition.
La démarche de Fayulu auprès de Katumbi et Matata apparaît ainsi moins comme une simple concertation que comme une opération de consolidation de son leadership. Il ne s’agit plus seulement de parler au nom de l’opposition, mais de déterminer qui aura la capacité de fixer sa ligne et de conduire les prochaines batailles politiques.
SESANGA ET KABUND EN PERTE D’ESPACE ?
Cette nouvelle configuration réduit mécaniquement la marge de manœuvre de Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund. Les deux personnalités, pourtant membres fondateurs de la dynamique de la C64, semblent désormais évoluer dans un espace politique plus étroit.
Pour Sesanga, la situation revêt une charge particulière. Les relations avec Fayulu ont déjà été marquées par des épisodes de forte tension. Lors de la séquence ayant précédé la désignation d’un candidat commun de l’opposition, Sesanga avait pris ses distances avec Martin Fayulu et choisi de soutenir Félix Tshisekedi. Une rupture politique que Fayulu n’aurait manifestement pas totalement digérée.
Ce passif continue de peser sur les rapports entre les deux hommes. Dans une plateforme où la confiance constitue une monnaie politique essentielle, les divergences anciennes peuvent rapidement ressurgir lorsque se pose la question de la répartition des rôles.
Kabund, de son côté, poursuit sa propre stratégie de retour au premier plan. L’ancien président intérimaire de l’UDPS cherche à retrouver une place centrale dans le jeu institutionnel et politique. Son agenda ne coïncide pas nécessairement avec celui des autres figures de la C64. Là encore, le problème dépasse les divergences de circonstance : chacun entend construire son propre espace de leadership.
LE TRIO FAYULU-KATUMBI-MATATA, NOUVEL AXE DE LA C64 ?
Le rapprochement entre Fayulu, Katumbi et Matata pourrait donc constituer le principal fait politique de cette nouvelle phase de la C64. Leur convergence ne signifie pas nécessairement la disparition de leurs différences, mais elle traduit une volonté commune de peser dans les éventuelles discussions sur l’avenir politique du pays.
Moïse Katumbi dispose d’un appareil politique et d’une implantation nationale qui en font un acteur incontournable. Augustin Matata Ponyo conserve, lui, une image d’ancien gestionnaire et une influence dans certains cercles de l’opposition. Fayulu apporte son poids électoral et son discours de contestation du pouvoir.
Réunis, ces trois profils peuvent constituer un bloc suffisamment puissant pour imposer une nouvelle architecture au sein de l’opposition. Le calcul est simple : mieux vaut peser à trois que s’exposer à une dispersion des forces.
Cette logique peut toutefois accentuer le sentiment d’isolement de ceux qui ne se retrouvent pas dans cette nouvelle configuration. La question est dès lors de savoir si la C64 peut encore fonctionner comme une structure collégiale ou si elle est en train de se transformer en une coalition dominée par quelques figures.
LE DIALOGUE, RÉVÉLATEUR DES FISSURES
L’hypothèse d’un dialogue politique agit comme un puissant révélateur. Elle oblige chaque leader à clarifier sa position, mais surtout à mesurer son poids réel dans l’éventuelle redistribution des cartes.
La CENCO, qui tente d’aplanir les divergences et de rapprocher les positions, se retrouve ainsi face à une opposition elle-même traversée par ses propres contradictions. La question n’est plus uniquement de savoir si l’opposition acceptera ou non de participer à un dialogue, mais qui parlera en son nom, avec quel mandat et au nom de quelle plateforme.
C’est précisément là que se situe le nœud de la crise interne. Une opposition fragmentée peut difficilement prétendre imposer ses conditions face au pouvoir. Or, derrière les déclarations d’unité, les ambitions individuelles et les stratégies de positionnement semblent prendre progressivement le dessus sur la logique collective.
UNE BATAILLE QUI DÉPASSE LA C64
La crise de leadership au sein de la C64 reflète, en réalité, une difficulté plus profonde de l’opposition congolaise : celle de transformer des personnalités fortes en une véritable force politique collective.
Depuis plusieurs années, les rapprochements et ruptures successifs ont montré les limites des coalitions construites autour de personnalités. La C64 n’échappe pas à cette logique. Fayulu, Katumbi, Matata, Sesanga et Kabund disposent chacun de leur propre trajectoire, de leurs ambitions et de leurs réseaux.
Le véritable enjeu est donc désormais de savoir si la C64 peut dépasser les querelles de leadership pour conserver son unité ou si elle finira par être rattrapée par les ambitions individuelles.
À mesure que se profile la perspective d’un dialogue, la bataille ne se joue plus seulement entre la majorité et l’opposition. Elle se joue aussi au sein même de l’opposition, pour déterminer celui qui aura la légitimité, l’autorité et la capacité de parler au nom des autres.
Et dans cette compétition, le rapprochement Fayulu–Katumbi–Matata pourrait bien constituer le premier acte d’une nouvelle recomposition de l’opposition congolaise. Sesanga et Kabund, eux, devront démontrer qu’ils disposent encore d’un espace politique suffisamment solide pour ne pas être relégués au second plan.
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