Guillaume Ngefa: l’art de réformer sans bruit
En seulement sept mois d’exercice, ses réalisations ont fait bouger les lignes.
À l’heure des bilans, les chiffres parlent, mais les méthodes tranchent. Entre agitation médiatique et rigueur institutionnelle, la comparaison des passages respectifs de Constant Mutamba et de l’actuel ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, dessine une ligne de fracture nette : celle qui sépare le populisme judiciaire de la réforme structurelle.
En seulement sept mois d’exercice, Guillaume Ngefa a imprimé une cadence réformatrice qui contraste avec l’année écoulée sous son prédécesseur. Là où certains ont multiplié les annonces spectaculaires, souvent en marge du cadre légal, l’actuel patron de la justice congolaise s’est attaché à remettre l’institution sur ses rails : ceux du droit, de la discipline et de l’efficacité.
La méthode Ngefa : rigueur, légalité et résultats
Sur le terrain législatif, le contraste est saisissant. Le projet de loi sur le tribunal pénal économique et financier, initié sous Mutamba mais recalé à plusieurs reprises pour non-conformité, a été entièrement repris, corrigé et aligné aux standards internationaux par Guillaume Ngefa, jusqu’à sa promulgation. Une démonstration de maîtrise technique et de persévérance politique.
Dans la même veine, plusieurs ordonnances-lois majeures ont vu le jour, notamment celles relatives au code judiciaire militaire et à l’adaptation de certaines dispositions fiscales. À cela s’ajoute une décision forte : l’annulation pure et simple des actes administratifs émanant des entités rebelles, affirmant ainsi l’autorité de l’État et la primauté de la légalité républicaine.
Mais c’est surtout dans la gouvernance quotidienne que la rupture est la plus visible.
Équipe Ngefa opte pour une approche recentrée sur la transparence
Face aux dérives décriées dans la gestion des fonds d’indemnisation des victimes de guerre (FRIVAO) marquée par des accusations de détournements massifs et de clientélisme, la nouvelle équipe a opté pour une approche plus orthodoxe, recentrée sur la transparence et la redevabilité.
Dans le secteur pénitentiaire, longtemps gangrené par des pratiques opaques, Guillaume Ngefa a mis fin à des circuits parallèles de gestion et engagé des poursuites contre les auteurs de fraudes, notamment dans les secteurs minier, douanier et foncier. Sous son impulsion, une véritable offensive contre la spoliation immobilière a été lancée, avec des instructions claires données aux parquets et des mécanismes renforcés de contrôle judiciaire.
Résultat : plusieurs décisions judiciaires ont été réexaminées dans le strict respect des procédures, et des biens restitués à leurs légitimes propriétaires.
Autre chantier majeur : la moralisation de la magistrature. Là où certaines initiatives antérieures avaient flirté avec l’illégalité à l’image de commissions parallèles assimilables à un “troisième degré de juridiction”, Guillaume Ngefa a rétabli les canaux institutionnels en instaurant un cadre de concertation permanent avec le Conseil supérieur de la magistrature.
Ce mécanisme a permis d’engager des poursuites disciplinaires contre plusieurs magistrats, dans un esprit de responsabilisation et non de vindicte populaire. Une différence de taille avec les pratiques décriées de “consultations populaires” qui exposaient la justice à la pression de la rue.
Au-delà de l’urgence, le ministre imprime une vision. Recrutement de 2 500 magistrats en fin de formation pour lutter contre le désert judiciaire, digitalisation progressive des juridictions commerciales, installation de nouvelles cours et tribunaux à travers le pays : autant de signaux d’une réforme en profondeur.
Sur le plan international, la diplomatie judiciaire a été relancée, avec la signature d’accords de coopération en matière d’extradition et d’entraide judiciaire. Un repositionnement stratégique qui redonne à la RDC une crédibilité sur la scène juridique internationale.
Parallèlement, des projets d’infrastructures judiciaires et pénitentiaires, soutenus par des partenaires comme l’Union européenne et le système des Nations unies, sont en cours de déploiement, traduisant une volonté de modernisation durable.
Fin d’une justice-spectacle, retour à une justice d’institution
En filigrane, c’est une certaine conception de la justice qui s’affirme. Loin des effets d’annonce tels que la délivrance controversée de “permis de culte”, la création de structures sans base légale ou encore des libérations conditionnelles jugées arbitraires, Guillaume Ngefa privilégie la solidité des actes à leur visibilité.
Son action marque ainsi la fin d’une justice-spectacle et le retour progressif à une justice d’institution : prévisible, encadrée et crédible.
A sept mois, Guillaume Ngefa a reinstallé une boussole de l’État de droit
Si le débat politique reste ouvert, une chose apparaît clairement à la lecture des faits : la rupture entre les deux approches est profonde. D’un côté, une gestion accusée de dérives, d’improvisations et de personnalisation du pouvoir. De l’autre, une gouvernance qui se veut technique, disciplinée et résolument tournée vers la reconstruction de l’appareil judiciaire.
En sept mois, Guillaume Ngefa n’a peut-être pas tout transformé. Mais il a, à tout le moins, réinstallé une boussole : celle de l’État de droit. Et dans un secteur aussi sensible que la justice, cela vaut déjà réforme.
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