En campagne en Europe pour défendre l’idée d’un dialogue politique inclusif en République démocratique du Congo, Martin Fayulu hausse le ton : Joseph Kabila et Corneille Nangaa doivent, selon lui, prendre part aux discussions destinées à sortir le pays de sa crise politique et sécuritaire. Pour l’opposant, leur présence est indispensable à un processus capable de faire émerger la vérité, la justice et, à terme, la réconciliation nationale.

Martin Fayulu veut élargir le périmètre du dialogue congolais. En séjour en France, où il multiplie les prises de parole en faveur d’une concertation nationale, le président de l’ECiDé défend une approche qui inclut jusque dans la salle des négociations les personnalités accusées d’être au cœur de la crise qui secoue la RDC.

Parmi elles, deux noms reviennent avec insistance : Joseph Kabila et Corneille Nangaa. Pour Fayulu, les écarter reviendrait à priver le dialogue d’une partie essentielle des réponses recherchées sur l’origine et la persistance de la crise dans l’Est du pays.

FAYULU : « KABILA DOIT VENIR »

L’ancien président Joseph Kabila est directement visé par l’argumentaire de Martin Fayulu. L’opposant estime que son passé à la tête de la RDC, mais aussi les accusations portées contre lui dans le contexte actuel, justifient sa participation aux discussions.

« Kabila a dirigé ce pays. On dit que c’est lui qui arme, qui finance le M23-AFC. Il doit venir pour dire pourquoi il l’a fait, quel est le problème », affirme-t-il.

Une exigence qui repose, dans le raisonnement de Fayulu, sur un principe simple : celui qui est accusé doit pouvoir être entendu. L’ancien chef de l’État devrait ainsi, selon lui, expliquer sa position, répondre aux griefs qui lui sont adressés et contribuer à clarifier les zones d’ombre qui entourent la crise.

Cette position intervient dans un contexte où Joseph Kabila demeure une figure centrale du paysage politique congolais, malgré son retrait de la présidence en 2019. Son nom continue d’alimenter les débats sur la crise sécuritaire et sur les recompositions politiques qui traversent le pays.

NANGAA ÉGALEMENT APPELÉ À LA TABLE

Martin Fayulu élargit son appel à Corneille Nangaa, ancien président de la CENI, sous-sanction du trésor américain, devenu l’une des figures politiques de l’AFC/M23.

L’opposant rappelle son rôle dans l’organisation des élections de 2018 avant d’évoquer son engagement actuel dans la rébellion.

« Nangaa, il était président de la Commission électorale nationale indépendante. Maintenant, il est là, il a pris des armes contre le pays », déclare Fayulu.

À ses yeux, cette trajectoire impose également que Corneille Nangaa soit entendu. Il veut notamment comprendre les motivations qui l’ont conduit à rejoindre la lutte armée et à s’inscrire dans une dynamique aujourd’hui opposée au pouvoir de Kinshasa.

Pour Fayulu, le dialogue ne doit donc pas être conçu comme une récompense politique, mais comme un espace où les responsabilités, les accusations et les revendications peuvent être exposées et confrontées.

« SE DIRE DES VÉRITÉS » AVANT DE PARLER DE RÉCONCILIATION

Mais Martin Fayulu ne présente pas son projet comme une simple négociation politique entre camps rivaux. Il veut lui donner une dimension plus profonde, articulée autour de la vérité et de la justice.

« On se dit des vérités, et dans la vérité il y a la justice, et après réconciliation, on s’est réconciliés, et puis on dit cohésion nationale », explique-t-il.

Le schéma défendu par l’opposant est donc clairement établi : vérité, justice, réconciliation et cohésion nationale.

Dans cette logique, le dialogue devrait permettre de mettre sur la table les griefs de chaque partie, les responsabilités présumées et les causes profondes des crises successives qui ont fragilisé la RDC. Il ne s’agirait pas, insiste-t-il en substance, de gommer les différends, mais de les affronter politiquement afin de créer les conditions d’un nouvel équilibre national.

Fayulu introduit également une dimension personnelle dans son plaidoyer. Il affirme avoir choisi le pardon malgré les torts qu’il dit avoir subis.

« Moi, ils m’ont fait du tort, ils m’ont causé du tort. J’ai pardonné », confie-t-il.

Une posture qu’il rattache à ses convictions chrétiennes : « La première, c’est l’amour et la deuxième, c’est le pardon », affirme-t-il.

Pour l’opposant, cette capacité à dépasser les blessures personnelles doit pouvoir être transposée à l’échelle nationale. Autrement dit, la RDC ne pourra pas durablement tourner la page de ses crises si ses acteurs politiques restent enfermés dans la vengeance, la méfiance et l’affrontement permanent.

UN DIALOGUE QUI SE VEUT AU-DELÀ DES CLIVAGES

Le plaidoyer de Martin Fayulu prend ainsi le contre-pied d’un dialogue limité aux seuls acteurs favorables au pouvoir en place ou à ceux qui rejettent toute participation des groupes armés et de leurs représentants.

Son approche consiste plutôt à considérer que la paix exige de parler aussi avec ceux qui sont accusés d’avoir contribué à la guerre, afin de leur demander des comptes, de comprendre leurs motivations et de rechercher les moyens de mettre fin aux hostilités.

Mais cette ouverture n’efface pas la question de la justice. Dans le discours de Fayulu, dialogue et justice ne sont pas contradictoires : la discussion doit précisément permettre de faire émerger la vérité et d’établir les responsabilités.

LA FRANCE COMME CAISSE DE RÉSONANCE

Depuis la France, Martin Fayulu entend désormais porter ce message au-delà des frontières congolaises. Sa campagne européenne vise à défendre l’idée d’un processus politique suffisamment large pour réunir les différentes composantes de la crise congolaise.

Dans son esprit, le véritable enjeu dépasse donc la seule confrontation entre majorité et opposition. Il s’agit de construire un cadre susceptible de traiter simultanément la crise sécuritaire dans l’Est, les fractures politiques internes, les accusations portées contre certains acteurs et la nécessité d’une réconciliation nationale.

Le pari est considérable. Car réunir autour d’une même table des personnalités et des camps qui se considèrent parfois comme adversaires irréconciliables constitue un exercice politiquement explosif.

Mais Fayulu assume cette ligne. Pour lui, la paix ne peut être bâtie en sélectionnant ceux qui ont le droit de parler et ceux qui doivent rester à l’écart. Elle doit naître d’une confrontation avec les vérités qui dérangent.

Son message tient finalement en une équation politique : pas de vérité sans dialogue, pas de justice sans vérité, pas de réconciliation sans justice et pas de cohésion nationale sans réconciliation.

C’est sur cette architecture que Martin Fayulu entend désormais pousser son plaidoyer pour un dialogue inclusif en RDC, avec une conviction affichée : Joseph Kabila comme Corneille Nangaa doivent être entendus, précisément parce qu’ils sont au cœur des questions auxquelles le pays cherche des réponses.

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