Une affaire sensible refait surface en République démocratique du Congo après la diffusion récente d’un nouvel avis de recherche émis par l’auditorat militaire de la garnison de Ndjili.
Le document, signé par le Major Magistrat Assani-wa-Kitutu Papy Alain, auditeur militaire près cette juridiction, relance officiellement les poursuites contre Esther Matondo-Makiese, une jeune Congolaise originaire de Kinshasa dont le nom reste associé à celui du colonel Serge Mavinga, officier accusé de trahison dans un contexte de guerre dans l’est du pays.
Née le 19 juin 1998 à Kinshasa, Esther Matondo-Makiese grandit dans une famille marquée par des tensions et des difficultés. Son père, ancien professeur d’anglais à l’Université de Kinshasa, tombe gravement malade en 2015, ce qui plonge le foyer dans une crise financière importante et contraint la jeune femme à interrompre sa scolarité.
À partir de 2016, afin de subvenir aux besoins de son père et d’assurer ses soins médicaux, elle fréquente certains établissements nocturnes de la capitale. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre en avril 2022 le colonel Serge Mavinga, officier des Forces armées de la République démocratique du Congo alors engagé dans les opérations militaires dans l’est du pays.
La relation entre les deux personnes se développe rapidement. Quelques mois plus tard, la jeune femme rejoint l’officier à Goma, dans la province du Nord-Kivu, où celui-ci est déployé dans le cadre des affrontements opposant l’armée congolaise aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23).
Le 20 octobre 2022, la situation bascule brutalement. Des militaires font irruption dans la résidence où séjourne la jeune femme dans le quartier Virunga, dans la commune de Karisimbi. Les forces de sécurité recherchent activement le colonel Mavinga, accusé d’avoir abandonné le front et d’avoir facilité la chute du territoire de Rutshuru aux mains du M23.
Retrouvée dans la résidence de l’officier, Esther Matondo-Makiese est immédiatement arrêtée et soumise à plusieurs interrogatoires par des éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo. Elle est détenue dans un lieu de détention clandestin où elle subit des violences physiques et psychologiques durant plusieurs mois.
Les autorités militaires décident ensuite de la transférer à Kinshasa en vue d’une incarcération à la Prison centrale de Makala. Dans ce centre de détention informel, elle vit dans des conditions particulièrement difficiles, sans assistance juridique ni contact avec sa famille.
Dans la nuit du 23 janvier 2023, elle parvient à s’évader avec l’aide d’un gardien. Depuis cette évasion, la jeune femme disparaît complètement de la circulation et reste introuvable. Sa localisation demeure inconnue à ce jour.
La récente diffusion d’un nouvel avis de recherche par l’auditorat militaire de la garnison de Ndjili confirme que les autorités poursuivent activement les recherches afin qu’elle soit arrêtée et présentée devant la justice militaire, où qu’elle se trouve.
Au-delà de l’aspect individuel de ce dossier, l’affaire Esther Matondo-Makiese met en lumière une réalité plus large qui traverse aujourd’hui la République démocratique du Congo : la complexité et la sensibilité extrême des affaires liées aux accusations de trahison dans un contexte de guerre active dans l’est du pays.
Depuis plusieurs années, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri restent le théâtre de conflits armés impliquant les forces régulières congolaises et plusieurs groupes rebelles, dont le Mouvement du 23 mars. Dans un tel climat, les accusations de collaboration avec l’ennemi, de désertion ou de trahison prennent une dimension particulièrement grave, car elles touchent directement à la sécurité nationale et à la stabilité de l’État.
Dans ces affaires, les enquêtes militaires s’étendent souvent au-delà des seuls officiers concernés et touchent parfois leur entourage, leurs collaborateurs ou toute personne soupçonnée d’avoir eu un lien avec eux. Les services de sécurité considèrent en effet que les réseaux de soutien ou de complicité peuvent jouer un rôle déterminant dans les défections militaires ou dans la circulation d’informations sensibles.
Pour de nombreux observateurs de la vie politique et sécuritaire congolaise, ce type de dossier illustre les tensions profondes qui traversent l’appareil militaire et les défis auxquels fait face l’État dans la gestion d’un conflit qui dure depuis plusieurs décennies. Entre impératif de sécurité nationale, nécessité de maintenir la discipline militaire et respect des procédures judiciaires, ces affaires restent parmi les plus délicates à traiter pour les institutions du pays.
L’émission d’un nouvel avis de recherche dans l’affaire Esther Matondo-Makiese rappelle ainsi que, derrière les batailles menées sur le terrain dans l’est du pays, se jouent également des luttes complexes au sein des institutions militaires et judiciaires de la République démocratique du Congo.
