Guillaume Ngefa saisit la justice militaire
Vivement un État de droit en lieu et place de la loi du plus fort.
Le curseur a brutalement basculé du fait divers à l’affaire d’État. Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a instruit l’auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) d’ouvrir une enquête, à la suite de la diffusion d’images accablantes montrant des hommes en uniforme impliqués dans une scène de violence au domicile de l’artiste Rebo Tchulo.
Au cœur de la tempête, une vidéo devenue virale. On y distingue un homme violemment fouetté, dans ce qui s’apparente à un châtiment infligé à un employé accusé de vol. En quelques heures, les images ont embrasé les réseaux sociaux, déclenchant une vague d’indignation. Très vite, les regards se sont tournés vers Rebo Tchulo, soupçonnée d’avoir commandité ces sévices.
Une version contestée, une situation dérapée
L’affaire, déjà explosive, se complexifie. L’entourage de l’artiste balaie la thèse d’un simple vol de 50 dollars. Selon un proche, il s’agirait plutôt d’un préjudice conséquent : bijoux en or et en diamant, objets de valeur, passeport et plus de 8 000 dollars en espèces. Une version immédiatement contestée par le principal concerné, qui nie toute implication.
C’est à ce moment que la situation aurait dérapé. D’après les mêmes sources, un officier présenté comme haut gradé de l’armée aurait été contacté. Peu après, plusieurs hommes en uniforme seraient intervenus, rouant de coups le suspect jusqu’à obtenir des aveux. Des allégations graves, désormais au cœur de l’enquête judiciaire.
Si les faits restent à établir avec rigueur, un point cristallise déjà toutes les inquiétudes : l’implication présumée de militaires dans un différend privé. Une dérive qui heurte de front les principes de l’État de droit.
Dans une République démocratique du Congo régulièrement secouée par des accusations d’impunité, cette affaire agit comme un révélateur brutal. L’image de soldats, censés protéger la nation, utilisés pour régler des comptes personnels, interroge profondément sur la gouvernance de la force publique.
Dans l’opinion, la colère est palpable. Pour beaucoup, ce dossier illustre une fracture persistante : celle d’un système où les réseaux d’influence prennent parfois le pas sur les procédures légales. Là où la justice devrait trancher, certains semblent encore recourir à des méthodes expéditives, au mépris des droits fondamentaux.
Une enquête très attendue
L’enquête ordonnée par le ministre de la Justice est désormais très attendue. Elle devra établir les responsabilités, situer les chaînes de commandement et déterminer si des militaires ont effectivement été instrumentalisés à des fins privées.
Au-delà des individus, c’est une question de principe qui se joue : celle de savoir si l’uniforme reste au service de la République ou s’il peut être détourné au profit d’intérêts particuliers.
Car derrière ces images choquantes se dessine un enjeu majeur : restaurer la frontière entre pouvoir, influence et justice. Sans cela, le risque est clair de voir s’installer durablement la loi du plus fort, au détriment de l’État de droit.
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