Les Rwandais ont tué LD Kabila et placé à la tête du pays leur chien

La métaphore du fils de l’opposant historique qui fait jaser.

L’exploit historique des Léopards face au Portugal n’aura pas seulement fait vibrer la fibre patriotique des Congolais. Devant une diaspora en liesse, le président Félix Tshisekedi a saisi cette séquence d’unité nationale pour livrer une charge politique d’une rare intensité contre son prédécesseur Joseph Kabila. Accusations de pillage des ressources publiques, responsabilité dans l’infiltration des « ennemis » de la République, dénonciation d’une gouvernance de dix-huit ans sans infrastructures majeures : le chef de l’État a opposé à ce qu’il présente comme un lourd héritage les réalisations de ses sept années de mandat et sa promesse de restaurer la dignité du peuple congolais.

Au départ, il était question de football. Mais très vite, le président a déplacé le centre de gravité de son intervention vers le terrain politique. Face aux Congolais venus soutenir les Léopards après leur match nul (1-1) contre le Portugal, Félix Tshisekedi a livré sa lecture des origines de la crise que traverse le pays.

Selon lui, les difficultés actuelles de la RDC trouvent leur source dans les choix opérés après la fin de la Deuxième République. Le chef de l’État estime que le relâchement de la vigilance nationale a permis aux forces hostiles au Congo de s’implanter durablement.

« Nous étions distraits. Nous avons fini par dire que même si un chien voulait venir nous diriger, nous l’accepterions. C’est à partir de ce moment que les ennemis sont entrés, ont trouvé des complices à l’intérieur du pays et ont imposé leur loi. Nous avons décidé que cela ne se reproduira plus », a-t-il déclaré.

Cette formule, particulièrement remarquée, s’inscrit dans une démonstration plus large. Félix Tshisekedi a rappelé que Laurent-Désiré Kabila avait, selon lui, fini par comprendre les véritables enjeux de souveraineté nationale avant d’être assassiné. À l’inverse, il accuse ceux qui lui ont succédé d’avoir renoué avec des intérêts étrangers au détriment du Congo.

“UN CHIEN QUI OBÉIT À SON MAÎTRE”

Sans prononcer immédiatement son nom, le président a ensuite ciblé Joseph Kabila à travers une métaphore devenue l’un des passages les plus commentés de son discours. Évoquant l’image d’un « chien qui obéit à son maître », il a laissé entendre que son prédécesseur serait resté soumis à des intérêts extérieurs.

Il est allé plus loin en réitérant une accusation formulée à plusieurs reprises ces derniers mois, affirmant qu’« un ancien président qui a dirigé ce pays se retrouve aujourd’hui à la tête d’une rébellion protégée par l’armée rwandaise », une allusion directe à Joseph Kabila et aux accusations portées par Kinshasa concernant ses liens présumés avec la rébellion soutenue, selon les autorités congolaises, par Kigali.

Le cœur de son offensive politique a cependant porté sur le bilan économique et social du régime précédent. Dans un réquisitoire sans concession, Félix Tshisekedi a accusé les dirigeants ayant gouverné le pays durant dix-huit ans d’avoir dilapidé les ressources nationales sans les convertir en développement.

« Pendant dix-huit ans, ils ont volé nos richesses. Ils n’ont même pas construit des écoles, des universités, des hôpitaux ou des routes. Nous avons commencé à le faire parce que nous voulons rendre au Congolais sa dignité », a-t-il affirmé, revendiquant les investissements réalisés depuis son accession au pouvoir.

À travers cette comparaison, le chef de l’État a cherché à installer un contraste entre deux époques : d’un côté, un passé qu’il décrit comme marqué par la prédation des ressources publiques et l’affaiblissement de l’État ; de l’autre, un pouvoir qui entend reconstruire les infrastructures, restaurer l’autorité de l’État et redonner confiance aux citoyens.

UN SOUTIEN AUX LÉOPARDS ET AUX SUPPORTERS ASSURÉ

Le président a ensuite élargi son message à l’ensemble des Congolais. S’appuyant sur la performance des Léopards, il a affirmé que le talent national n’a rien à envier aux autres peuples dès lors que les conditions de mérite, de discipline et de travail sont réunies. « Regardez comment nous avons tenu tête au Portugal. Les Congolais sont capables de rivaliser avec les meilleurs dans le sport, la science, l’université ou la recherche. Ce qui nous manque, ce n’est pas le talent, mais la confiance en nous-mêmes », a-t-il insisté, invitant ses compatriotes à retrouver leur fierté nationale.

Enfin, le chef de l’État a promis de poursuivre son soutien aux Léopards tout au long de la compétition, annonçant des moyens supplémentaires pour permettre aux supporters congolais de suivre l’équipe lors de ses prochaines rencontres au Mexique et aux États-Unis.

L’intervention présidentielle s’est toutefois achevée dans une ambiance contrastée. À plusieurs reprises, une partie de la diaspora a scandé « Changer Constitution », sans susciter de réaction de Félix Tshisekedi, qui a préféré maintenir le cap sur son discours consacré à l’unité nationale, à la guerre dans l’Est et à la défense de son bilan.

En transformant une célébration sportive en une tribune politique, Félix Tshisekedi a une nouvelle fois utilisé le football comme caisse de résonance de son discours sur la souveraineté nationale. Derrière l’hommage rendu aux Léopards, le président a surtout cherché à conforter son récit politique : celui d’un pays longtemps affaibli par une gouvernance qu’il juge prédatrice, mais désormais engagé, sous son leadership, sur le chemin de la reconstruction et de la reconquête de sa dignité.

Exclusif RDC

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