À Kinshasa, l’intervention de Jules Alingete Key a fait l’effet d’un électrochoc. Au Forum Médias RDC–Chine, l’ancien Inspecteur général des finances et chef de service honoraire de l’IGF a livré, mercredi 18 mars, un témoignage aussi incisif qu’émouvant sur les batailles menées pour rétablir la transparence dans la gestion des ressources publiques.
Devant journalistes et acteurs de la coopération sino-congolaise, celui qui s’est illustré ces dernières années comme figure de la lutte contre la corruption en République démocratique du Congo a levé un coin du voile sur les dérives ayant marqué plusieurs contrats conclus sous la présidence de Joseph Kabila.
Le dossier explosif du barrage de Busanga
Parmi les révélations les plus marquantes figure le cas du barrage hydroélectrique de Barrage de Busanga, construit dans le cadre du partenariat minier entre la RDC et les entreprises chinoises à travers Sicomines.
Selon Jules Alingete, la revisitation du contrat en 2024 a permis de découvrir que ce projet, financé à hauteur de 560 millions de dollars, avait été structuré sous la forme d’une société autonome dont les associés étaient les entreprises chinoises et une société congolaise, Congo Management, liée à l’ancien président Joseph Kabila.
Une configuration pour le moins surprenante : l’État congolais, pourtant propriétaire des ressources minières ayant permis le financement du projet, se retrouvait exclu de l’actionnariat.
Pourtant stratégique, le barrage produit 200 mégawatts d’électricité et génère près de 200 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel.
« La revisitation du contrat a permis de corriger cette anomalie », a expliqué Alingete. Grâce à l’avenant 5 signé en 2024, la République démocratique du Congo a récupéré 40 % des parts de l’infrastructure énergétique, tandis que la partie chinoise en conserve 60 %.
Des surfacturations sous Kabila qui interrogent
Au-delà de ce dossier emblématique, l’ancien patron de l’Inspection générale des finances a évoqué plusieurs projets d’infrastructures qui ont suscité de sérieuses interrogations quant à leur coût.
Il cite notamment l’avenue Tourisme, quatre kilomètres facturés à 30 millions de dollars, le Boulevard Triomphal, moins d’un kilomètre pour 40 millions de dollars, ou encore Hôpital du Cinquantenaire, évalué à 115 millions de dollars.
Autant de projets qui, selon lui, ont mis en lumière des pratiques de surfacturation et de rétrocession dans l’attribution des marchés publics.
Le tournant de la revisitation des contrats sous Tshisekedi
Pour Jules Alingete, la revisitation des contrats sino-congolais engagée sous la présidence de Félix Tshisekedi marque un tournant majeur.
Alors que la première mouture de l’accord ne prévoyait qu’environ 800 millions de dollars d’infrastructures, la renégociation a permis de porter l’enveloppe à près de 7 milliards de dollars.
Un changement d’échelle qui, selon lui, rétablit un meilleur équilibre dans le partenariat.
L’ancien chef de l’IGF a également salué l’attitude des partenaires chinois, qu’il dit avoir trouvés ouverts au dialogue et disposés à revoir les termes des conventions.
« Cette ouverture a permis de transformer les contrats sino-congolais en un véritable partenariat gagnant-gagnant », a-t-il insisté.
Un plaidoyer pour l’intégrité dans la gestion publique
Au-delà des chiffres et des contrats, l’intervention de Jules Alingete a surtout pris l’allure d’un plaidoyer vibrant pour l’intégrité dans la gestion publique.
Pour cet homme qui a marqué la dernière décennie par une traque méthodique des détournements et des abus financiers, la corruption demeure l’un des principaux freins au développement de la RDC.
Avec une conviction intacte, il a appelé à intensifier la lutte contre ce fléau, convaincu que la transparence et la bonne gouvernance constituent la clé du progrès économique et social.
Dans la salle, le silence était presque palpable. Car derrière les révélations techniques, c’est le combat d’un homme pour la vérité et la justice financière qui se racontait celui d’un inspecteur devenu, au fil des années, l’une des voix les plus redoutées et respectées de la reddition des comptes en République démocratique du Congo.
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