Ces cadres font état des nominations multiples attribuées à des proches du sénateur, certains issus de sa famille biologique, d’autres de son entourage direct.

La crise interne qui secoue l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC-A) a franchi un point de non-retour. Entre accusations de népotisme à grande échelle, soupçons de cumul irrégulier de fonctions publiques et judiciarisation du conflit, la formation politique dirigée par Modeste Bahati Lukwebo se retrouve au cœur d’une tempête politico-judiciaire aux répercussions potentiellement explosives.

Ce qui n’était au départ qu’une contestation interne s’est mué en affrontement frontal. D’un côté, le leadership de Bahati Lukwebo, qui a choisi de porter plainte contre ses détracteurs. De l’autre, un groupe de cadres frondeurs qui contre-attaque avec des accusations graves, structurées et désormais assumées publiquement.

À la manœuvre, Otto Bahizi, porte-voix de cette dissidence, qui ne mâche plus ses mots. Pour lui, la gestion du parti aurait dérivé vers une logique clanique, incompatible avec les standards d’un parti national.

Des accusations chiffrées qui font l’effet d’un détournement déguisé

Au cœur du dossier : des nominations multiples attribuées à des proches du sénateur, certains issus de sa famille biologique, d’autres de son entourage direct. Des cas que les frondeurs présentent comme emblématiques d’un système organisé.

« Nous avons des preuves que nous comptons déposer à la justice », affirme Otto Bahizi, déterminé à porter le combat sur le terrain judiciaire.

Les exemples cités se veulent accablants : Justin Mugisha aurait cumulé quatre fonctions, Claude Musangalusha cinq, Pitshou Muzaliwa six, Julien Biamungu sept. À cela s’ajouteraient Francine Bahati, fille du sénateur, ainsi que Bahati Basebe Christian, tous présentés comme détenant plusieurs postes dans différentes institutions publiques.

Selon les frondeurs, ces cumuls s’accompagnent de rémunérations multiples issues du Trésor public une situation qu’ils qualifient non seulement de népotisme, mais aussi de détournement déguisé des ressources de l’État.

“ On ne peut pas payer une même personne plusieurs fois pour différents postes dans les institutions du pays”, insiste Bahizi.

De la bataille interne à l’affaire d’État

Au-delà de la bataille interne, l’affaire prend une dimension plus large. Elle pose la question sensible de la gestion des nominations publiques, de la transparence dans l’utilisation des deniers publics et du respect des règles encadrant le cumul des fonctions.

Les frondeurs annoncent avoir saisi, ou être en passe de le faire, les instances judiciaires ainsi que plusieurs services de l’État pour vérification des faits avancés. Une démarche qui vise à objectiver les accusations et à forcer un arbitrage institutionnel.

Pour Modeste Bahati Lukwebo, l’équation est délicate. Il lui faudra à la fois contenir une fronde interne qui fragilise son autorité et répondre à des accusations susceptibles d’entacher durablement son image politique.

En face, les dissidents entendent capitaliser sur cette crise pour imposer une rupture avec ce qu’ils dénoncent comme des pratiques de favoritisme systémique.

La justice n’a pas encore tranché

À ce stade, la justice n’a pas encore tranché, et les accusations restent à établir. Mais une chose est sûre : la crise de l’AFDC-A dépasse désormais le cadre partisan pour s’inscrire dans un débat national sur la gouvernance et la redevabilité.

Dans un climat politique déjà sous tension, cette affaire agit comme un révélateur brutal. Celui d’un système où les lignes entre pouvoir politique, gestion publique et intérêts privés sont de plus en plus scrutées.

Et dans cette bataille où chaque camp joue sa crédibilité, une question demeure : s’agit-il d’un règlement de comptes politique ou du dévoilement d’un véritable scandale d’État ?

Exclusif RDC

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