À Kinshasa, le ton est à la clarification institutionnelle, presque à la remise en ordre. Dans un communiqué officiel publié le 6 mars, le Bureau du Sénat de la République démocratique du Congo a pris ses distances avec les déclarations du deuxième vice-président de la chambre haute, Modeste Bahati Lukwebo, qui s’était exprimé publiquement sur la question hautement sensible d’un éventuel changement de la Constitution.

Dans ce texte au ton ferme mais soigneusement calibré, l’institution sénatoriale précise que les propos tenus lors du point de presse du 4 mars « l’ont été à titre strictement personnel » et n’engagent « en aucune manière l’institution sénatoriale dans son ensemble ». Une mise au point qui sonne comme un désaveu politique feutré, destinée à éviter toute confusion entre la position individuelle d’un sénateur et la ligne institutionnelle du Sénat.

Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement délicat, où le débat sur la Constitution du 18 février 2006 refait surface, alors même que le pays reste plongé dans les turbulences sécuritaires à l’Est.

Le Bureau du Sénat rappelle dans son communiqué que « les institutions de la République doivent demeurer des espaces de cohésion, de stabilité et de responsabilité politique ». Autrement dit, elles ne sauraient se transformer en tribunes pour des prises de position individuelles susceptibles d’alimenter les fractures politiques.

À travers cette mise au point, la chambre haute cherche manifestement à contenir les répercussions politiques d’un débat qui, à Kinshasa, demeure explosif. L’objectif est clair : éviter que les dissensions internes ne brouillent le message de solidarité nationale dans ce que le Sénat qualifie lui-même de « période cruciale de l’histoire du pays ».

L’UDPS, “ Soyez calme, nous allons toucher cette Constitution “

Pendant que le Sénat tente de refroidir les esprits, la majorité présidentielle, elle, ne cache plus sa volonté d’ouvrir le débat constitutionnel.

Devant les militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social, son secrétaire général, Augustin Kabuya, a adopté un ton frontal pour défendre l’idée d’une réforme de la loi fondamentale.
Selon lui, la Constitution actuelle serait « taillée sur mesure pour plaire aux belligérants ». Et de prévenir :

« Celui qui ne sera pas d’accord avec le changement de la Constitution, c’est son avis. Il n’aura qu’à attendre le jour de son règne. »

Dans un discours chargé de références historiques, le patron de l’UDPS/Tshisekedi a également rappelé que plusieurs dirigeants congolais avaient, en leur temps, modifié l’architecture constitutionnelle.

« Mobutu Sese Seko a revu sa Constitution dix-sept fois. Laurent‑Désiré Kabila l’a modifiée à trois reprises. Et Joseph Kabila lui-même a changé celle qu’il avait trouvée, notamment en supprimant l’élection présidentielle à deux tours pourtant adoptée par référendum », a-t-il martelé.

Avant de conclure, sur un ton sans ambiguïté : « Alors au nom de quel principe le régime de l’UDPS serait-il menacé lorsqu’il évoque la possibilité de toucher à cette Constitution ? Soyez calmes. Nous allons toucher cette Constitution. »

Une majorité traversée par des lignes de fracture

Dans ce paysage politique tendu, l’épisode Bahati révèle les lignes de fracture qui traversent l’Union sacrée de la Nation. Si certains cadres de la majorité se montrent prudents sur la question constitutionnelle, d’autres, notamment au sein de l’UDPS, revendiquent ouvertement la nécessité d’une réforme.

En se désolidarisant officiellement des propos de Bahati Lukwebo, le Sénat tente ainsi de préserver la neutralité institutionnelle de la chambre haute et d’éviter qu’elle ne devienne l’arène d’un affrontement politique prématuré.

Au-delà de la polémique du moment, cet épisode illustre une réalité constante de la vie politique congolaise : les débats constitutionnels ne sont jamais de simples discussions juridiques. Ils sont souvent les prémices d’une bataille politique de plus grande ampleur.

Dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs et à une scène politique régulièrement fragmentée, chaque mot prononcé sur la Constitution pèse lourd.

Et à Kinshasa, une chose devient de plus en plus évidente : le débat sur la réforme constitutionnelle est désormais ouvert et il promet d’être l’un des grands champs de confrontation politique des mois à venir.

Exclusif RDC

Leave A Reply

Exit mobile version